Extraits du carnet de route – du 25 avril au 13 mai

Pour partager notre aventure, nous avons déjà écrit des articles qui tentaient de résumer une atmosphère, des sentiments, des émotions ou des paysages. On a aussi choisi d’écrire sur les rencontres qui jalonnent notre parcours de la manière la plus honnête et complète possible. Mais à côté de ça, on a nos petits carnets persos où on écrit des choses plus spontanées, moins réfléchies, peut-être aussi moins intéressantes ou moins bien écrites mais qui reflètent tout de même avec autant de sincérité notre quotidien. Ces bouts de phrases, on les pose parfois sur nos carnets la tête embrumée et le corps usé par les kilomètres parcourus, les gouttes reçues ou le soleil imposé. Mais ils sont une manière de plus de partager notre bout de chemin… Alors on vous en livre un petit bout!

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25 avril (au matin):

Hier, encore une grosse journée de marche. Comme à chaque fois qu’il n’y a pas de balisages, nous avons suivi les chemins tracés sur les cartes IGN. Ces chemins nous amènent d’habitude souvent en bordure de champs, de canaux ou de rivières et sont plus ou moins entretenus et fréquentés. Cette fois, nous nous sommes fait-e-s avoir : le chemin que nous voyions sur la carte et que nous empruntions d’un peu plus de 2 kilomètres nous a mené à…un grand grillage.. entourant un parc naturel inaccessible aux visiteurs. Résultat : nous sommes revenu-e-s sur nos pas avec un détour de 4 ou 5 kilomètres dans les jambes. Et ce ne sont pas que les jambes qui en ont pris un coup! Le moral lui aussi a dû affronter ce retour en arrière en tentant de rester serein! On a fini cette journée vers 21h proche de Missé dans un champ en jachère, un peu à l’abri des regards derrière un petit bois. Il est rare que nous campions dans les champs même en jachère, c’était peut-être même l’une des premières fois. Nous n’étions donc pas si à l’aise que ça. La rencontre avec un agriculteur peu ouvert nous traverse parfois l’esprit. Mais la nuit s’est bien passée! On n’a tout de même pas traîné à décamper dès le matin vers le village de Missé qui nous a surpris par ses vieilles bâtisses et son calme charmant. On en oublierait presque les champs de monoculture intensive traversés quelques minutes auparavant sans arbres ni haies. Maintenant, temps du petit déj’ ! 


26 avril (au matin):

Nous avons rencontré notre premier marcheur de Saint Jacques de Compostelle, parti de Saumur pour rejoindre Saintes en 11 jours. Il nous faudra bien plus de temps (environ un mois) pour aller au même endroit car nous avons décidé de faire un petit détour par la mer ! Hier encore, soleil au rendez-vous pour nous faire découvrir la belleDSCN4350 ville ancienne d’Airvault et son abbaye. Un toit blanc comme rarement, on se demande de quelle pierre il est construit. Le midi, une jolie petite ville aussi : Saint Généroux et son pont roman (et son église du XIème siècle). On a passé une nuit au camping municipal (fermé) avec douche et WC rien que pour nous! Ce matin, grosse pluie, ça faisait bien longtemps!

 


27 avril (au matin):

DSC_1002Malheureusement, nous n’avons pas continué à passer entre les gouttes, bien au contraire. Plusieurs grosses averses en une matinée et une petite pluie en continu entre chacune. On ressort les housses de sacs et les ponchos. Cela ne nous a pas empêché de profiter de belles forêts autour de Pressigny et de sortir de notre sac un délicieux risotto lyophilisé sous notre abri préféré : l’abri-bus! On aura quand même bien marché pour arriver à quelques kilomètres de Chalandray. Pour changer nos habitudes et affronter notre peur (que les arbres nous tombent sur la tête), on a même dormi dans une forêt. Mais on est prêt-e-s à faire n’importe quoi quand on sait qu’on arrive presque au sec. Plus que quelques heures et nous arriverons à Quinçay!


4 mai (au soir):

Nous sommes reparti-e-s aujourd’hui après presque une semaine de pause. Des sortes de petites vacances dans notre année de marche! On en a profité pour voir la famille, les ami-e-s, publier des articles, revoir notre itinéraire, etc. Et c’est avec la sensation d’être « comme neufs » mais encore sous la pluie que nous avons repris notre parcours là où nous l’avions laissé. […] On goûte à nouveau au plaisir de parcourir des lieux dont les noms ne nous sont pas inconnus tels que Béruges, Montreuil-Bonnin ou encore La Chapelle et de découvrir des chemins de traverse qui les relient. Ces chemins de traverse qui, depuis notre départ, nous font ressentir une sensation exaltante de liberté. La sensation d’aller là où presque personne ne va, d’être comme seul-e-s au monde, à quelques enjambées du « monde réel », là où le temps décide de prendre son temps et de ne pas filer à la même vitesse que partout ailleurs. Et ces chemins nous ont mené aujourd’hui à La Chapelle où nous attendait un petit étang avec ses jeux pour enfants qui ont fait notre bonheur et le petit abri où nous avons pu nous abriter en prévision de l’orage à venir… (Environ 25 kilomètres de marche.)


5 mai (au matin):

Une nuit agitée… Ponctuée d’éclairs et de coups de tonnerre… Un éclair, on compte: 1.2.3… COUP DE TONNERRE… Celui-là n’est pas tombé loin. 3 kilomètres selon nous. En fait c’est moins que ça, on apprend que pour évaluer la distance d’un orage, il faut compter le nombre de secondes entre le moment où l’on voit l’éclair et le moment où l’on entend le tonnerre et diviser ensuite le nombre obtenu par 3 pour avoir la distance en kilomètres… Bref, c’est vraiment pas passé loin! […]
Après vérification, on apprend aussi tout un tas de choses à ne pas faire sous l’orage (dont on se doutait plus ou moins) : il n’est pas conseillé de dormir en tente, ou près d’une étendue d’eau, encore moins allongé-e-s à plat ventre sur le sol, et encore moins sur une couverture de survie en aluminium! On le saura maintenant… 


5 mai (au soir):

Encore 20/25 kilomètres, quelques petites averses, de la chaleur par moment mais aussi beaucoup de vent qui nous font osciller entre chaud et froid toute la journée. On n’aime vraiment pas ce temps-là… On dort ce soir peu après Sanxay, où nous attendait un très beau chaos granitique, autour de l’étang du Bois Pouvreau. On ne s’attendait vraiment pas à découvrir un endroit comme celui-là… C’est extraodinaire de pouvoir admirer, au détour d’un chemin, une végétation et des paysages qui se transforment pour donner naissance à des tableaux presque magiques où l’on imagine toutes sortes d’histoires. Ce petit havre de paix n’a rien à envier aux forêts celtiques. Au moment de dormir, la tente se cache dans le paysage en plein cœur de la forêt. Une douce nuit en perspective, bercé-e-s par le bruit des chouettes qui commencent à chanter et gardé-e-s par les rochers millénaires qui veillent sur nous.


6 mai (au soir):

Une grosse journée de marche suite à laquelle nous nous accordons le droit de dormir dans un camping près de Verruyes. On avait vu sur la carte un petit camping en bord d’étang que l’on avait imaginé un peu à l’abri des regards, calme et agréable. Finalement, on est accueilli-e-s par les gens du coin accoudés au bar et un grand nombre de chasseurs, fusils à l’épaule.  Le gérant du camping nous apprend que ce soir, c’est « chasse aux grolles »… Il y a de la place mais il faudra pas avoir peur des coups de feu. Un vieux me dit que si je ne suis pas curé « dans le civil », je n’ai pas à craindre un coup de fusil… Je ne comprends pas tout, l’atmosphère est particulière, mais on s’installe à l’emplacement 12, accompagné-e-s de la douce musique des coups de fusil tirés en l’air à destination des corbeaux et des plombs qui retombent sur mobil-homes et caravanes. C’est quand même agréable de ne pas avoir à se poser la question d’où on dort le soir…


7 Mai (au soir):

Une longue journée de marche à travers les vallées des Deux-Sèvres. On croise, comme on en a pris l’habitude, quelques animaux, sauvages ou domestiqués : lapins, lièvres, vaches, ânes, moutons, merles, buses ou bien les traces qu’ils laissent lors de leurs expéditions nocturnes (ou trop matinales pour nous). On retiendra surtout la fin de journée au village de Germond Rouvre où l’on tombe sur un petit marché très vivant avec ses petits producteurs de légumes, fromages de chèvre ou de miel. Léa fera le grand pas entre notre solitude et timidité habituelle et le monde de tous les possibles! En discutant avec Isabelle et Emilie, elle trouvera un petit terrain où planter la tente à 150 mètres de la place du village et on repartira même avec des épinards, des fromages de chèvre et des navets offerts plein les sacs! Ca nous rappelle qu’en s’ouvrant aux autres, on ouvre des portes vers de nouveaux horizons! Et surtout, que les initiatives sont partout, même dans des petits villages comme celui-ci, qui ne dépasse pas les 900 habitants. On y découvre plein de projets simples et engagés : un petit marché mensuel avec un bon nombre de petits producteurs en bio, et d’artisans du coin, une commune qui s’engage dans la démarche sans pesticides, des habitants qui s’organisent en groupe de consom’acteurs, ou qui prévoient une gratiferiaOn se couche rassasié-e-s, le sourire aux lèvres et avec la perspective d’une journée ensoleillée aux côtés de Charlie qui a prévu de nous rejoindre pour quelques heures depuis Angers.


8 mai (au soir):

La journée n’était pas si ensoleillée que ça, bien au contraire. Réveillé-e-s par l’orage, nous avons remballé en catastrophe pour nous réfugier à côté de l’ancienne école, le temps de déjeuner et de sécher un petit peu la tente. On rejoint notre amie Charlie près d’une ancienne forteresse (Coudray-Salbart) à Ternanteuil. On pique-niquera les délices qu’elle nous a apporté sous un abri-bus, très loin de notre repas-au-soleil-suivi-d’une-sieste tant imaginé! Après avoir marché un peu tou-te-s les trois, Charlie a fait demi-tour pour rejoindre son Anjou natal et nous avons continué notre route jusqu’à Niort où nous avons reçu un magnifique accueil de Christine et Tom! Après une super nuit et une chouette journée partagée, nous reprenons la route depuis Niort, accompagné-e-s de Nadège, notre amie et ancienne coloc’ qui nous rejoint pour quelques jours!


13 mai (au soir):

Ça y est, on est à la Rochelle, sur le vieux port! Depuis Niort, le soleil ne nous a pas lâché le long des véloroutes que nous avons emprunté jusqu’à Marans, puis jusqu’à La Rochelle aujourd’hui. A peine un peu de brume le 11 au matin, pour nous rappeler que le soleil, lui non plus, ne peut pas être éternel. Les nuits de bivouac ont été agréables le long des canaux du marais poitevin. Un marais que l’on attendait d’ailleurs pas aussi beau, bordé parfois de ruelles aux maisons de pierre, de champs ou d’arbres verdoyants. Notre marche à 3 s’est conclue en beauté à Marans : nuit au camping, douche, glaces et bières accompagnées de cacahuètes sur le bord du port. Bref, un bon goût de vacances! On a même fini la soirée à traduire brièvement une conversation entre deux couples de camping-caristes. Les deux couples (l’un anglais et l’autre français) partageaient un apéro dans la bonne humeur sans se comprendre. On devra donc traduire une conversation assez particulière (!) :
-Le couple anglais : « France is a strong nation, you deserve a monarchy » (la France est une nation forte qui mérite une monarchie)
-La réponse des français que l’on a dû traduire en retour: « aux rois et aux reines, nous, on leur a coupé la tête ».
Après avoir repris le chemin de nos tentes, nous nous sommes dits que la soirée avait l’air bien lancée pour eux et qu’ils n’avaient peut-être pas besoin de nous pour traduire!

[…]

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6 réflexions sur “Extraits du carnet de route – du 25 avril au 13 mai

  1. bonjour à vous deux
    je fais un petit tour sur vos pas , via le blog, de temps en temps .
    c’est chaleureux ou rafraîchissant -pour nous – selon les jours, et je suis heureuse que vos pas vous aient brièvement amenés à la ferme du bout du chemin ,(après votre passage à la boulange de Erik, Manu et Thierry), pour une jolie rencontre.
    continuez sereinement,
    amicalement
    Nicole et Luc ( où l’on boit jus de pomme, cidre et autres jus de pommes fermentés !)

  2. J’ai hâte de vous rejoindre ! Mes deux derniers weekends (en camping en Moselle et au chalet dans le Haut-Doubs) ont conforté mon envie de m’évader plus de deux jours et de marcher un moment à vos côtés. A bientôt les zamis !

  3. Bonjour à vous deux,
    Je me suis retrouvé ,rêvant et marchant à vos côtés, dans vos carnets de route…
    Quel plaisir de vous lire et de voir que les paysages traversés sont de jolis tableaux dans lesquels s’agitent des gens plein de charme…
    Merci à tous les deux ! A+
    Gérard Morin

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